DÉTROIT – GRAND-QUEVILLY VIA LE HAVRE

François Trocquet

« Détroit, ville en ruines, brisée par la crise économique, trouve un écho tout particulier avec ma ville de départ, Le Havre, qui fut détruite et rasée par la guerre. Comment les habitants ont su faire face à l’adversité et réparer leurs villes de ces traumatismes ?

Partir à Détroit fut pour moi une opportunité de me confronter à de nouveaux paysages, afin de prolonger mon travail avec la production de nouveaux dessins. » 1-

Soutenu par la Ville du Havre, l’artiste a choisi de réaliser une résidence d’artiste à Détroit pendant l’été 2016. Sa fascination pour cette ville et son histoire aussi bien culturelle, musicale ou économique l’a poussé à en faire concrètement l’expérience afin d’en tirer matière pour son travail graphique.

Cette posture d’explorateur est également celle qu’il a adoptée à l’occasion d’une résidence que lui a proposée cette année la Maison des arts de Grand Quevilly. Il a arpenté la ville, l’explorant sciemment sans guide, choisissant de manière délibérément subjective des endroits qui allaient devenir des dessins . 1-

A l’invitation de La Forme François Trocquet a choisi de présenter un ensemble de dessins de petits formats réalisés à l’occasion de ces deux résidences ainsi qu’un grand triptyque sur Détroit et cinq dessins quevillais.

1- Extrait du fascicule édité à l’occasion de l’exposition Grand Quevilly/Détroit à la Maison des arts de Grand Quevilly du 29 mai au 23 juin 2018).

François Trocquet est né en 1959 au Havre où il vit et travaille. Diplômé de l’école d’art du Havre, son travail a fait l’objet depuis 1981 de nombreuses expositions en France et à l’étranger. Ces œuvres sont présentes dans les collections du FRAC Normandie Rouen ou de l’artothèque de Grand Quevilly.

Le travail graphique de François Trocquet s’est toujours intéressé aux traces de la présence humaine dans le paysage et particulièrement celles qui relèvent de la construction. Qu’ils soient vernaculaires et ruraux, industriels et périphériques, architecturaux et urbains, les bâtis que les hommes s’emploient à dresser dans le paysage pour l’habiter ou l’exploiter, l’artiste en fait des objets de dessins minutieux qui parlent autant de gloire que de misère, d’espoir que de désillusion. Une présence humaine qui est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur une absence récurrente des corps qui semblent avoir déserté. Rarement une silhouette contemplative se détache devant un paysage, parfois une troupe s’éloigne sacs au dos comme pour prendre un nouveau départ. Parfois encore un cercle, blanc ou noir, s’immisce dans l’image comme un objet extraterrestre, un signe, un œil qui surveille, constate, mais surtout affirme que contre toute apparence, nous sommes là en dehors de la réalité. Car en effet, si le passage par la photographie garantit au dessin une certaine qualité documentaire, le travail graphique et précis de François Trocquet opère des choix qui en- traînent l’image vers autre chose que la simple traduction visuelle. Choix des lieux des prises de vue que l’artiste réalise lui-même ou qu’il sélectionne, choix des points de vue et des cadrages mais surtout choix d’une lumière qui construit autant le paysage qu’elle le rythme. C’est probablement dans ces fascinantes superpositions de traits de stylo qui vont du gris le plus clair au noir le plus profond que se situe le point de bascule- ment du document vers le décor. Cette réappropriation graphique et plastique installe une tension dans le réel qui est propice à la métaphore, à l’imaginaire ou à la narration. Sur l’écran du papier blanc, l’architecture des villes ou des campagnes s’offre comme un décor silencieux où se cristallise une attente, celle peut-être de l’action que le spectateur va y projeter pour l’animer à nouveau.

Cette proposition s’inscrit dans un cycle d’expositions articulé autour des dessins que François Trocquet a réalisés dans trois villes : à la Maison des Arts de Grand Quevilly du 29 mai au 23 juin 2018, à la Maison de l’architecture de Normandie-Le Forum à Rouen du 10 octobre 2018 au 5 janvier 2019 et à La Forme au Havre.