Virgile Laguin & Yann Owens

EXPOSITION DU 07 NOVEMBRE AU 20 DÉCEMBRE 2014

Un paysage, c’est une portion d’espace vue par un observateur, « un espace compté à partir de soi» a écrit Merleau-Ponty. C’est un regard particulier porté sur un fragment de la réalité géographique. Autrement dit, le paysage n’existe pas en soi. C’est une invention historique, culturelle et finalement esthétique.
Par-delà l’œuvre de la nature, c’est une construction humaine, du double point de vue de sa face visible et concrète ainsi que de sa représentation. En fait, le paysage est à la fois construction de la nature, de l’homme et de l’esprit de l’homme; comme le souligne Augusti Berque, le paysage réside « dans l’interaction complexe de l’objet et du sujet ». Il n’est pas « physique », il naît du regard, de la relation entre ce qui est « regardé » et le « regardant ». Le paysage est aussi un ensemble de stimuli que nous appréhendons immédiatement par nos sens. Il peut être trompeur et donc charrier avec lui de l’illusion.
Pourtant on ne peut ignorer cette expérience « tronquée » du monde sur laquelle nous réglons nos actes. De plus le réel ne se limite pas à ses manifestations sensorielles, et spontanément, la culture, l’affectivité, viennent interposer leurs filtres entre nous et le monde; le paysage est alors toute la relation qui s’établit, en un lieu et à un moment donné, entre un observateur et l’espace qu’il parcourt du regard. Au travers de ses propres filtres sensoriels et culturels, le paysage est une lecture indissociable de la personne qui contemple l’espace considéré : soldat, marchand, savant, agent du pouvoir central ou simple voyageur, qui intervient avec ses propres systèmes d’images…
Il arrive que ces diverses lectures entrent en conflit. L’observateur appréhende ce qui devient pour lui un spectacle porteur de significations.
Nous pourrions dire pour conclure que c’est à travers toute une série de cadres, d’écrans, de filtres que le monde extérieur devient paysage en s’intériorisant. On distingue généralement trois types de filtres : les filtres physiologiques (organes sensoriels), les filtres personnels (qualités propres du sujet, personnalité) et les filtres sociaux (vécu, acquis culturels).
Le paysage est bien ce que l’on voit mais on ne le voit jamais directement, on ne le voit jamais isolément et on ne le voit jamais pour la première fois.
Virgile Laguin et Yann Owens nous offrent leur vision du paysage.
Texte de Yann Owens


VIRGILE
LAGUIN

virgileVirgile Laguin est graphiste, né et exerçant au Havre. Il assure la communication visuelle de l’Université du Havre au sein de la direction de la communication de l’établissement, tout en développant une activité free lance pour des commanditaires extérieurs : ADBU, librairie la Galerne, etc. Il participe à l’organisation d’une Saison Graphique, événement annuel centré sur le design graphique contemporain. Sa pratique traverse tous les secteurs du design graphique : identité visuelle, affiches, design éditorial et design interactif, à travers son projet multimédia web « NORLENSK ».
Son univers se caractérise par un travail d’architecture subtil associant le plus souvent des typographies scuplturales et des formes organiques abstraites amalgamées par un usage maîtrisé de la trame d’impression et des possibilités de la sérigraphie.
Sa pratique de la photographie joue un rôle de plus en plus important en s’infiltrant dans son travail graphique.
Ses visuels sont reconnus dans le graphisme contemporain avec des sélections au Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont, à la biennale de design graphique les Golden Bee de Moscou ou encore à la MuipBiennial d’Istanbul.
oeuvre laguin
« Bien que pratiquant le surf depuis presque 30 ans, je me suis interdit à utiliser graphiquement tout ce qui est lié à cet univers à cause de l’image qui est véhiculé autour de ce dernier. Me servant de subterfuges quasi inconscients afin d’éviter l’eau dans mes visuels. Évitement un peu idiot que j’ai rompu en réalisant l’affiche générique pour la Saison Graphique de 2014. Pourquoi se priver? Cette recherche sur le paysage m’a permis d’exploiter une nouvelle fois des lieux que je connais bien. Mon idée de départ était le plongeon d’un homme au bout du monde de notre ville. Il nage tranquillement puis le courant l’emporte le long du rivage. Les estampes réalisées pour cette exposition tournent autour d’un paysage côtier fantasmé. Il était important pour moi de voir dans un même lieu le travail d’un graphiste et celui d’un imprimeur. Cette rencontre nous a permis
à Yann et à moi de confronter nos idées et nos savoir-faire, de donner chacun notre vision du paysage ».
 http://www.virgilelaguin.com/

YANN OWENS

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 Spécialisé en gravure, Yann Owens est diplômé des arts décoratifs (Dnsep ART Strasbourg 1997) et de l’université Marc Bloch (master 2 pro critique-essai 2005- 2006). Pendant ces années d’études il travaille comme assistant (Jan Fabre, Ruedi Baur, Ulf Rollof, Gilles Mahé, Bettina Gruber) et imprimeur occasionnel. Ainsi, il imprime pour David Tremlett entre 2001 et 2002. Il travaille aussi ponctuellement pour le Musée d’Art Moderne de Strasbourg comme conseiller technique sur des expositions consacrées à la gravure (La gravure allemande dans les collections françaises du Jugenstill au Bahaus en 2006).
Ses recherches autour de l’image imprimée l’ont amené à aborder dans son travail plastique les notions d’empreinte ainsi que celles du contact et de l’écart. Ses objets d’études portent sur la problématique des pratiques mixtes (du numérique à l’analogique et vice versa) ainsi que sur la question du « résiduel » en imprimerie. Il enseigne à l’école supérieure du Havre depuis 2007. L’essentiel de sa proposition aux étudiants réside dans une pédagogie de l’expérimentation dans le flux des différentes techniques de dessin, gravure et sérigraphie. Il enseigne depuis 2011 à Sciences-Po, et fonde en juin 2012 la maison d’édition Franciscopolis.

La_Forme_Virgile_Laguin_Y-008

Tout va trop vite, tout passe, « tout devient raie » [1] « On cherche le paysage originel, on voudrait être renvoyé à un point de départ, un paysage premier, matriciel, un Ur-Landschaft qui n’existe pas ; le paysage autour duquel s’articule la série est, comme le rêve, fait de superpositions, de densification, d’ « états » successifs. Cette série est en quelque sorte l’aveu d’une incapacité du spectateur/narrateur à retrouver le paysage derrière la multiplicité des impressions et des souvenirs. Tel le narrateur de Proust interrogeant les phantasmes de sa mémoire, aussitôt qu’il croit saisir l’image « vraie », elle se dérobe et se métamorphose [2]. Cette série n’a pas pour principe la production de tirages en X exemplaires à partir d’un bon  à tirer, mais plutôt une succession d’ « états » d’un même paysage riche en potentiels ».
[1] Victor Hugo (lettre du 22 aout 1837 à sa femme Adèle, citée in Claude Gely Victor Hugo, voyages(..)
[2] [..] comme une phrase de Vinteuil qui m’avait enchanté dans la sonate et que ma mémoire faisait errer de l’andante au finale […], de même le grain de beauté que je m’étais rappelé tantôt sur la joue, tantôt sur le menton, s’arrêta […] sur la lèvre supérieure au-dessous du nez ». PROUST Marcel, Ombre, Clarac et Ferré ed., NRF, collection de la Pléiade, Paris 1954, trois volumes, p. 878.
http://yannowens.tumblr.com/

 


 

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